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Introduction

 

Daria de Beauvais - 2013 -

Commissaire de l'exposition

Julio Le Parc au Palais de Tokyo

 

 

« D’une manière générale, par mes expériences,

j’ai cherché à provoquer un comportement

différent du spectateur [...]

pour rechercher avec le public les moyens de combattre

la passivité, la dépendance ou le conditionnement

idéologique, en développant les capacités de réflexion,

de comparaison, d’analyse, de création, d’action. »

Julio Le Parc

 

 

Julio Le Parc est né en 1928, de même qu’une autre figure de l’art contemporain, Andy Warhol. Tous deux ont en commun une volonté de neutraliser le geste artistique afin de mettre en avant l’ère de l’œuvre-machine, indépendante de son créateur.

Mais là où Warhol s’intéressait de près à la société de consommation, le travail de Le Parc relève plus d’une utopie sociale et politique. Ses travaux sur la lumière, le mouvement,

le trouble visuel ou l’engagement physique du spectateur correspondent à des préoccupations capitales pour de nombreux artistes qui aujourd’hui mettent à profit ses recherches.

 

Acteur majeur de l’art cinétique et optique, membre fondateur du GRAV (Groupe de Recherche d’Art Visuel) et

lauréat du Grand Prix international de peinture à la Biennale de Venise en 1966, Julio Le Parc est un personnage emblématique de l’histoire de l’art. Artiste engagé, il est expulsé de France lors des événements de mai 1968. Défenseur des droits de l’Homme, il s’oppose aux dictatures d’Amérique latine. Personnalité entière, il refuse en 1972 une rétrospective au musée d’Art moderne de la Ville de Paris, qu’il joue à pile ou face.

 

L’exposition monographique de Julio Le Parc organisée par le Palais de Tokyo est la première en France d’une

telle envergure. Elle propose un choix d’œuvres phares des années 1950 à nos jours. Certaines sont des adaptations à l’échelle du lieu d’œuvres historiques, d’autres des créations spécifiques. Loin d’une rétrospective, il s’agit de montrer à

quel point la pratique de ce jeune artiste de 84 ans demeure actuelle, de transmettre son esprit de recherche et d’expérimentation, de faire découvrir ou redécouvrir un travail généreux, engagé et visionnaire.

 

Julio Le Parc, dans son entretien avec Hans Ulrich Obrist, s’exprime ainsi : « Je voudrais, à mon âge très avancé,

faire une exposition qui présente moins des œuvres, des objets ou des installations qu’une attitude, cette chose essentielle, cet esprit de recherche, d’expérimentation, et toutes ces réflexions sur la culture, la société, le rôle de l’artiste, l’importance de l’art. » Pour lui, faire prendre conscience au spectateur de son corps comme acteur de l’oeuvre n’est qu’une étape d’une entreprise de démystification plus large. Il s’agit d’extraire le spectateur de son attitude purement contemplative et passive, face à l’art mais également dans la société.

 

Selon Franck Popper, cette stratégie dès ses débuts « renferme déjà l’exigence d’une plus grande participation aux structures sociales et politiques qui débouchera sur Mai-1968 ». Pour mettre en œuvre cette démystification, le travail de l’artiste se situe « entre interactivité et instabilité » selon ses propres mots, c’est-à-dire qu’au-delà du rôle actif demandé au spectateur, la nécessité du trouble apparaît. Il faut perdre ses réflexes, oublier ce que l’on croit savoir ou ne pas savoir, porter un regard neuf sur ce qui nous entoure.

Ses « Œuvres Lumière » par exemple, loin d’être un simple divertissement du regard, sont une remise en question de notre rapport au monde. La lumière, en ce sens, n’est pas

une fin en soi, mais un moyen pour mettre en forme ses préoccupations, entre autres la création d’œuvres en évolution perpétuelle. Le résultat est un jeu constant et imprévisible

d’ombres et de lumière. Le visiteur vit de cette manière une expérience esthétique immersive. Pour l’artiste, il s’agit alors, à travers des œuvres d’une beauté et d’une simplicité

inouïes, de « commencer ou de poursuivre la démolition des notions traditionnelles sur l’art, son faire, son spectacle et son appréciation ».

Ainsi, ses différentes séries de peinture traduisent un engagement obstiné pour donner à l’œil la pleine conscience de ce qui se joue sur la toile par delà les motivations qui l’ont

rendues possibles : le travail de Julio Le Parc sur la surface du tableau tente de limiter au maximum la subjectivité de l’artiste.

Se mettent alors en place des systèmes fondés le plus souvent sur la progression d’un élément géométrique simple.

Ces systèmes, qui sont esquissés au préalable, sont pour l’artiste des instruments de travail lui permettant de contrôler le résultat visuel puis d’agir de manière à la fois mécanique et homogène sur le tableau. Les formes employées sont volontairement neutres, au profit de la surface de l’œuvre perçue alors comme active : celle-ci établit la connexion visuelle entre l’œuvre et le spectateur. Ce dernier peut alors littéralement lire les mouvements de la toile dont la logique se dévoile lentement à ses yeux. Ce qui se joue relève d’une combinaison inédite entre un pur effet esthétique et un travail conceptuel qui, comme l’avait remarqué Pierre Restany, font de Julio Le Parc « un bel esprit qui a su, dans son œuvre, admirablement concilier le cœur et la raison ».

 

 

 

 

ATELIER LE PARC - 2014